Printemps , printemps ! que l'air est pur
Et rayonnant . Les cieux
De leur vivifiant azur
Ont aveuglé mes yeux .

Printemps , printemps ! en tourbillon
Sur les ailes du vent
Les nuages vers les rayons
S'envolent , s'esquivant .

La cours des ruisseaux a repris ,
Et la rivière fend
La glace , emportant les débris
Sur son dos triomphant .

Les arbres sont tout nus encor ,
Mais sous la neige on voit
Réapparaître , ancien décor ,
Les feuillages des bois .

L'alouette en planant dans l'air
Chante l'hymne au printemps ,
Et je retrouve en un éclair ,
L'ardeur de mes vingt ans .

Que se passe -t-il avec moi ?
L'âme se fait ruisseau
Elle emprunte envolée et voix
Aux aimables oiseaux .

Mon être jouit tellement
Du printemps , du soleil .
Est-il donc fils des éléments ,
Leur serait-il pareil .

N'importe ! Heureux qui trouve oubli
A la pensée cruelle ,
Par elle tout est aboli ,
Tout dévoré par elle .
Evgueni Baratynski ( 1830 )
